Flash

Test : Antidote, le correcteur qui tient à sa langue

Trop souvent ignoré, le correcteur orthographique et grammatical a toute sa place dans une trousse à outils informatique. Sur Mac, la référence est Antidote de l’éditeur canadien Druide, et il va bien au-delà de ce que proposent les outils standards de macOS ou de votre traitement de texte préféré.

Intégration

Contrairement au paradigme actuel, Antidote ne réagit pas directement au fil de la saisie, puisqu’il travaille au niveau du texte entier. Il faut l’invoquer pour lancer l’analyse et c’est la raison pour laquelle il s’intègre aux principales suites bureautiques du marché.

Sur Mac, Pages, Keynote, TextEdit sont supportés mais aussi le pack Microsoft Office et LibreOffice, son alter ego open source. Leur interface s’enrichit alors d’une palette toute simple, flottante ou non, qui envoie le texte dans un module de correction et ouvre les différents dictionnaires et guides.

Mais que les utilisateurs d’autres logiciels se rassurent. Nous alimentons ZonePomme.com avec IA Writer et surtout Ulysses parce qu’ils ont leurs équivalents pour iPhone et iPad (IA Writer iOS et Ulysses iOS). Si Druide, l’éditeur d’Antidote, n’a pas prévu de plug-in pour ces applications, l’intégration à macOS permet d’utiliser le menu contextuel pour injecter le texte dans le correcteur.

Antidote partout, avec le menu contextuel

Unique problème de cette méthode : la partie de texte située avant le pointeur n’est pas récupérée. Il faudra veiller à se placer au début du document, ou à sélectionner tout le texte.

Antidote se greffe aussi aux navigateurs Internet, ce qui est bien utile aux blogueurs. Dans de très rares cas durant notre test, des balises HTML sont apparues dans la fenêtre du correcteur. Ce détail s’arrange avec les règles d’exclusion, qui excluent de l’analyse un texte selon certains critères. En l’occurrence, tout ce qui se situe entre < et > passera sous les radars.

Entre deux mots…

Les réglages, justement, méritent que l’on s’y arrête. Les principaux paramètres sont définis à l’installation, mais l’utilisation courante d’Antidote requiert des ajustements.

Réglages fondamentaux à l’installation

À moins de vous limiter à un seul genre de texte, ce qui peut être le cas si vous multipliez les courriers professionnels, vous aurez souvent besoin de mettre les mains dans les préférences. C’est là que vous choisirez notamment le sexe de la personne qui écrit (les auteurs de fiction et ghostwriters apprécieront) et votre niveau de maîtrise du langage.

Sur ce point, pas de fausse modestie : laissez le réglage sur « moyen », même si vous êtes de la graine de Goncourt. En position « haute », Antidote considérera que vous savez ce que vous faites et ne vous alertera pas sur certaines figures de style. En position moyenne, il sera pointilleux avec vos tournures et les rendra plus accessibles au commun des lecteurs.

Une bonne correction !

À l’usage, que vaut la correction ? Il faut reconnaître qu’elle est très impressionnante, puisque l’application ne se limite pas aux règles de grammaire et d’orthographe, mais s’ouvre à tout l’aspect lexical du texte. Les tournures, les répétitions, le vocabulaire et même les conventions d’écriture et abréviations sont pris en compte.

L’interface générale d’Antidote

La vérification des tournures de phrases, justement, impressionne. Le logiciel est capable d’identifier la voix passive et les formulations impersonnelles. Autant de formes à bannir dans un récit, mais qui sont très acceptables dans un courrier administratif.

Pour chaque erreur relevée, une modification est proposée et même, expliquée. Le but est didactique mais justifie la correction, ce qui permet de l’accepter ou de la refuser en connaissance de cause.

Si vous décidez de faire confiance au logiciel, notamment pour les corrections typographiques, il sera plus rapide d’accepter en bloc les propositions. C’est aussi un bon moyen de maintenir une formulation identique au long du document : dans cet exemple si 07h15 devient 7 h 15, alors 14h30 devra s’écrire 14 h 30.

La forme et le fond

La correction ne porte pas uniquement sur l’orthographe, les conventions typographiques et la grammaire. Les analyses pragmatiques, sémantiques, lexicales et logiques touchent au fond du texte. Accessibles directement depuis la fenêtre principale, ces fonctions relèvent les éléments de cohérence discursive : identifier et dénombrer les locuteurs, les sujets, les lieux, les dialogues… Autant de données indispensables à tout récit bien construit.

Analyse pragmatique de la dictée de Pivot

L’analyse sémantique mesure le climat général du texte et sa puissance, traduits par des statistiques et un code couleur.

Spleen, de Baudelaire, un texte fort et sombre. C’est Antidote qui le dit, et il a raison.

Excellentes références

Druide a implanté de nombreuses fonctions didactiques dans son logiciel. Accessibles par un clic sur le livre vert de la palette d’outils, les dictionnaires généraux (pour lesquels ont peut télécharger les illustrations moyennant une somme modique), les dictionnaires des synonymes et des antonymes sont la base de toute application de correction. Antidote va plus loin en s’ouvrant aux champs lexicaux,aux familles des mots, aux citations, etc.

Le dictionnaire des cooccurrences intéressera les auteurs en proposant une liste des mots les plus souvent utilisés ensemble.

 

Accessibles par l’icône du livre orange, les guides ne sont pas interactifs et ne se caleront pas en fonction du mot sélectionné dans l’éditeur. Ils sont là à titre purement informatif, mais réunissent quand même plus de 800 entrées sur l’orthographe, la grammaire, le style, la syntaxe, la ponctuation, etc. On peut espérer que les utilisateurs les parcourent, mais il est fort probable que, pris par l’urgence de leurs travaux, ils se contentent de suivre les recommandations du logiciel. Reste que ces guides constituent des références précieuses.

Le dernier outil enfin peut sembler anecdotique… Jusqu’à ce qu’il vous sauve la mise ! Le filtre Anti-Oups! porte bien son nom : installé dans votre logiciel de messagerie, il agit dès que vous cliquez sur « envoyer » en faisant la chasse aux fautes, mais aussi aux pièces jointes manquantes. En effet, il est capable d’identifier toute allusion à un document rattaché, et de vous signaler que vous l’avez oublié !

Antidote en production

Le fonctionnement du correcteur est fluide. Il ne ralentira pas votre productivité, même utilisé avec un traitement de texte qui n’est pas officiellement supporté. Toute modification validée dans la fenêtre du logiciel est immédiatement répercutée dans le document source, sans perte de la mise en page. Précisons que, s’il est possible d’apporter quelques retouches au document, le correcteur ne peut se substituer à un traitement de texte.

Les corrections peuvent être validées individuellement d’un simple clic. Les erreurs similaires sont rassemblées en marge du texte, ce qui permet d’accepter les corrections par lot pour accélérer le traitement.

Pour ce qui est des performances pures, Antidote étonne par son efficacité. Qui n’a jamais hésité entre un subjonctif et un indicatif ? Entre « Qu’ils soient » et « Qu’ils sont » ? Le correcteur se fonde sur le contexte pour réagir en fonction du mode verbal et des règles d’accord. Il signale également les phrases trop complexes, celles qui contiennent des compléments en cascade comme « des… à… pour… de… ».

Pourtant, Antidote est parfois d’une naïveté désarmante quand il prend deux mots accolés pour un mot inconnu. C’est pour le moins étonnant quand on est habitué à iOS qui insère les espaces à votre place. Ces corrections de base sont donc laissées aux bons soins du traitement de texte.

Conditions extrêmes

Nous avons soumis Antidote à un véritable crash-test, dont il avait peu de chances de sortir indemne. Il s’agissait de réviser un texte au féminin dicté à un iPhone par un homme dans de très mauvaises conditions sonores. Inutile de dire que le résultat était rempli d’erreurs d’interprétation, notamment « pauvre Pierre » au lieu de « paupières ».

Alors bien sûr, ces erreurs n’ont pas été corrigées : « pauvre Pierre » est correct en grammaire comme en orthographe. Mais Antidote a bien compris que la phrase est suspecte et l’a donc signalée comme une rupture. S’il est impossible de lancer une correction automatique dans ces conditions, la portion de texte à revoir est notifiée à l’auteur.

De son côté, le genre du protagoniste a bien été détecté et corrigé. Comme évoqué plus haut, il a suffi de modifier les réglages dans les préférences du logiciel et de le relancer pour qu’ils soient pris en compte.

En conclusion

Antidote surprend parce qu’il instaure un dialogue avec l’utilisateur, à qui il explique les corrections qu’il propose. Quelle que soit la longueur courrier, essai ou récit qu’on lui soumet, il conserve une vision globale de la structure et des composantes du texte.

La justesse des analyses fait oublier que le logiciel est avant tout un excellent correcteur orthographique et grammatical. On en vient même à avoir pour lui des attentes démesurées, comme aplanir les différences de styles dans document écrit à plusieurs mains.

Plus qu’un secrétaire de rédaction personnel, Antidote est un relecteur respectueux de vos textes qui signale les passages difficiles, les phrases mal structurées, les incohérences, et vous propose d’y remédier. Dit en une phrase, ça n’a l’air de rien… Mais quiconque a passé du temps à peaufiner un courrier appréciera cette aide à sa juste valeur.

Imbattable en orthographe et en grammaire, le correcteur s’impose dès que l’on cherche à produire un document soigné. On n’a jamais autant écrit que depuis l’avènement d’Internet, et la qualité des textes fournis est un gage de crédibilité.

Antidote est l’un de ces logiciels dont on croit pouvoir se passer tant qu’on ne l’a pas utilisé. Même les meilleurs rédacteurs pourront épurer leur style grâce aux analyses syntaxiques. Alors non, Antidote n’est pas indispensable… Mais il est nécessaire à tous ceux dont l’écriture est le métier.

Dernière précision : le logiciel est bilingue et peut également corriger vos textes anglais, le module de langue additionnel bénéficiant d’un tarif préférentiel si vous l’achetez lors de l’installation.

Antidote (Druide) est disponible pour Mac, Windows et Linux en téléchargement à 119 €, ou en version boîte avec documentation papier à 99 € en magasins physiques et chez Amazon.

Be the first to comment

Leave a Reply